Toute l’équipe du GRTC est heureuse de vous inviter à son second colloque qui aura lieu à l’Université de Reims (France) les 28 et 29 mai 2026 autour du thème Phénoménologies des crises : Structures de pouvoir et appareils de résistance. Vous trouverez ci-dessous l’argumentaire complet:
Voici le programme des deux jours :
Jeudi 28 mai 2026
14h00 Mot d’accueil
14h30 Lea Gekle – Quelques éléments sur la dimension affective de la fascisation en cours
Résumé N/C
15h30 Frédéric Monferrand (Université Paris 1-Panthéon Sorbonne/ISJPS/NoSoPhi) – Révolution et crise écologique
Cette intervention partira d’un paradoxe. D’un côté, la crise écologique semble faire ressurgir un affect révolutionnaire : partout, on déclare que la crise est si profonde qu’il est
urgent de transformer en profondeur nos manières de vivre, de travailler et d’habiter la terre. Mais, de l’autre côté, force est de reconnaître que le concept de révolution ne fait plus vraiment partie du vocabulaire de la philosophie sociale et politique, qui mobilise plus volontiers les concepts de « résistance » ou « d’émancipation ». Il y a donc un écart entre la manière dont nous éprouvons notre situation historique, et celle dont nous pensons l’action politique. L’objectif de cette intervention sera d’essayer de combler cet écart. Il s’agira tout d’abord de justifier la thèse selon laquelle la catastrophe en cours exige des réponses qu’on peut qualifier de « révolutionnaires ». Il s’agira ensuite de lever les obstacles intellectuels qui s’opposent au réinvestissement du concept de révolution. Et il s’agira enfin d’esquisser une nouvelle image de la révolution, conçue comme l’action nécessaire à la préservation du monde, plutôt qu’à son abolition.
Pause café
17h00 Iaan Reynolds – L’expérience des crises dans la théorie critique : Adorno, Richir, Bargu
Résumé N/C
18h00 Jean-Baptiste Vuillerod – L’expérience du beau naturel chez Adorno : symptôme de la domination de la nature, ou espérance de réconciliation ?
Dans ses cours d’esthétique et dans sa Théorie esthétique, Adorno revalorise l’expérience du beau naturel. Contre la critique de Kant par Hegel, qui réintroduit le Beau dans les seules oeuvres d’art, Adorno prend de nouveau au sérieux le fait d’éprouver le sentiment du « beau » face à la nature. Cette expérience est profondément ambivalente. D’une part, cette expérience n’a rien d’une expérience universelle mais témoigne de la domination de la nature : c’est seulement dans une société où la nature est systématiquement exploitée et détruite que l’on peut ressentir, en dehors des espaces urbanisés et des zones dévastés par la civilisation industrielle, la beauté de la nature (et cela dans des formes qui sont encore contaminée par la marchandisation, comme c’est le cas du tourisme). Mais, d’autre part, l’expérience du beau naturel fait malgré tout signe vers un horizon utopique de réconciliation avec la nature, elle révèle notre aspiration à une transformation radicale de notre rapport aux milieux de vie et aux non-humains. Notre intervention cherchera à démêler les fils de cette ambivalence et à en tirer toutes les conséquences pour la réflexion écologique contemporaine.
Dîner
Vendredi 29 mai
9h00 Julien Richard – Le phronesis en résistance : pour une praxis infirmière contre l’anti-intellectualisme institutionnel
Cette communication propose une analyse critique de l’anti-intellectualisme dans le champ infirmier, envisagé comme une structure de pouvoir au service d’une hégémonie gestionnaire et néolibérale. Mobilisant des travaux en philosophie des sciences infirmières, elle expose comment l’institution impose une pensée binaire à travers des oppositions factices qui réduisent la complexité du soin à une somme de tâches mesurables et dépersonnalisées.
Face à cet agencement qui valorise l’obéissance au détriment de la réflexion, nous défendons la phronesis, sagesse pratique aristotélicienne, comme concept opérateur de résistance. Elle désigne une délibération éthique en situation, mobilisant expérience, raison et émotion pour dépasser le cadre analytique et protocolaire rigide. L’enjeu est d’appeler à une praxis infirmière qui maintient en tension constante pensée et action, afin de développer une conscience critique capable de contester les dogmes institutionnels pour une profession réflexive, critique et politiquement engagée.
10h00 Luca Scafoglio – Les frontières de la critique. Une proposition de recherche sur Adorno et la colonialité
À partir de la fin du siècle dernier, sur fond d’un triple échec — celui du socialisme réel, de la décolonisation et des promesses de la mondialisation néolibérale —, la théorie et la pratique de la « décolonialité » — une troisième vague de la critique du colonialisme, après les moments anticolonial et postcolonial — ont mis en évidence, d’une part, le fait que la conquête, le racisme et le génocide constituent des éléments structurellement et généalogiquement constitutifs de la modernité depuis le XVIe siècle, et, d’autre part, l’actualité persistante de la colonialité.
À la lumière de ces développements, il convient d’interroger les frontières géophilosophiques — « européennes » et « occidentales » — de la théorie critique de Francfort, d’autant plus dans le contexte actuel de crise, d’extermination et de guerre.
Pause café
11h30 Giorgi Kobakhidze – Que reste-t-il de la critique ? Le post-critique comme symptôme
La critique occupe depuis longtemps une place centrale dans les sciences humaines et sociales, constituant un outil privilégié pour analyser les rapports de pouvoir, dévoiler les idéologies et remettre en question les normes établies. Cependant, des interventions théoriques récentes, notamment les travaux de Bruno Latour et les perspectives diverses regroupées sous l’étiquette de la postcritique, ont mis en doute l’efficacité et les limites des approches critiques traditionnelles. Le tournant postcritique soutient qu’un accent mis sur la démystification, souvent caractérisé par une « herméneutique du soupçon », peut conduire à projeter une forme de naïveté sur autrui et à négliger les enchevêtrements complexes qui constituent le réel. En appelant à « prendre au sérieux ce que les gens racontent », plutôt que de nier ces récits pour atteindre une couche cachée du « réel », une telle approche empirique semble plus proche de l’expérience vécue. Mais cette conception de la critique rend-elle compte du projet originel porté par ce terme ? Autrement dit, la critique est-elle réellement « à court de carburant ? » (Latour).
Déjeuner
14h-16h : Habiter la ruine, subir la chair : Expériences limites du pouvoir et inventions de la résistance
Présentation des textes et modération: Paul Dablemont (Université de Reims)
Cette table ronde explore, à partir d’une perspective phénoménologique, l’expérience limite de la réduction à l’état de corps dans la torture (Améry) et la possibilité paradoxale de la résistance par le travail esthétique sur les débris de la guerre (Swedaan sur un texte de Nibras Chehayed). En questionnant ce que « faire monde » signifie lorsque les repères s’effondrent et que le corps devient le dernier territoire assiégé, nous interrogerons la dialectique entre destruction et création. Comment, au cœur même de la violence, des gestes de mémoire et d’invention peuvent-ils encore surgir pour affirmer la persistance de l’humain ? Les textes seront bien entendu envoyés en avance.
Clôture du colloque – Fin vers 17h00
Venir au colloque – Renseignements Pratiques
Le colloque aura lieu dans les salles A13 et A14 (bâtiment recherche). Le campus Croix-Rouge est accessible par les transports en commun (Tramway direct et rapide depuis les deux gares de Reims).

Pour vous déplacer dans Reims avec les transports en commun, toutes les informations et les itinéraires sont ici : GRAND REIMS mobilités
Pour tout renseignement ou pour réserver votre place, veuillez utiliser notre formulaire de Contact (https://grtc.univ-reims.fr/contact/)
Pour participer à distance si vous ne pouvez pas vous déplacer, vous pourrez visionner le colloque sur Zoom à l’adresse suivante :https://univ-reims-fr.zoom.us/j/93764537753 et pour participer à la table ronde du vendredi https://univ-reims-fr.zoom.us/j/94116562342


