Toute l’équipe du GRTC est heureuse de vous inviter à son second colloque qui aura lieu à l’Université de Reims (France) les 28 et 29 mai 2026 autour du thème Phénoménologies des crises : Structures de pouvoir et appareils de résistance. Vous trouverez ci-dessous l’argumentaire complet:
Voici le programme des deux jours :
Jeudi 28 mai 2026
14h00 Mot d’accueil
14h30 Jean-Baptiste Vuillerod (uNamur / FNRS) – L’expérience du beau naturel chez Adorno : symptôme de la domination de la nature, ou espérance de réconciliation ?
Dans ses cours d’esthétique et dans sa Théorie esthétique, Adorno revalorise l’expérience du beau naturel. Contre la critique de Kant par Hegel, qui réintroduit le Beau dans les seules oeuvres d’art, Adorno prend de nouveau au sérieux le fait d’éprouver le sentiment du « beau » face à la nature. Cette expérience est profondément ambivalente. D’une part, cette expérience n’a rien d’une expérience universelle mais témoigne de la domination de la nature : c’est seulement dans une société où la nature est systématiquement exploitée et détruite que l’on peut ressentir, en dehors des espaces urbanisés et des zones dévastés par la civilisation industrielle, la beauté de la nature (et cela dans des formes qui sont encore contaminée par la marchandisation, comme c’est le cas du tourisme). Mais, d’autre part, l’expérience du beau naturel fait malgré tout signe vers un horizon utopique de réconciliation avec la nature, elle révèle notre aspiration à une transformation radicale de notre rapport aux milieux de vie et aux non-humains. Notre intervention cherchera à démêler les fils de cette ambivalence et à en tirer toutes les conséquences pour la réflexion écologique contemporaine.
15h30 Paul Dablemont (Université de Reims Champagne-Ardenne / GRTC) – Le pli du sujet en crise : Inconscient, désir et résistance aux appareils de pouvoir
Que devient le sujet quand la crise fait vaciller toutes les certitudes et que la précarité se fait chair ? Paul Dablemont défend une thèse phénoménologique radicale : le sujet n’est pas une substance, ni une intériorité préexistante. Il est un pli – une courbure fragile du dehors, une surface qui se replie sur elle-même pour donner l’illusion de la profondeur. En croisant Deleuze (le pli comme effet de surface), Lacan (le pli comme manque‑à‑être), Adorno (le pli comme blessure sociale) et Searle (le pli comme sédimentation corporelle), je montre que ce pli subjectif est précisément ce que la crise attaque, déchire et cherche à déplier. Pourtant, le vide que la crise révèle n’est pas une simple perte. Il est la condition même de la résistance. Contre trois menaces contemporaines – la guerre qui déterritorialise de force, la capture autoritaire du langage qui fige les signifiants, la colonisation numérique qui réduit l’esprit en données – le sujet peut opposer une reterritorialisation créatrice-critique : un geste par lequel il replie le dehors autrement, invente de nouvelles manières de dire, d’aimer et de créer, sans jamais oublier leur précarité. Cette éthique de la « sobre lucidité » est une politique du pli : résister, ce n’est pas se crisper sur une identité perdue, mais refaire pli là où l’on voudrait nous déplier.
Pause café
17h00 Iaan Reynolds (Utah Valley University) – Crise et besoins précatégoriaux chez Paci, Heller, et Adorno
Dans l’œuvre de Enzo Paci, phénoménologue et marxiste italien des années soixante et soixante-dix, les méthodes de Edmund Husserl et Karl Marx sont liées par une correspondance structurelle, qui concerne la fonction du « précatégoriale ». Si leur travaux critiques sont pareillement ancré dans une pensée de la crise – qui est aussi bien philosophique que scientifique, sociale, et humaine, et qui résulte de l’ampleur prise de l’abstraction dans la société moderne – les manières dont ils abordent cette crise consistent pour tous les deux à un recours au concret, soit par le concept du « Lebenswelt », soit par le concept de « force de travail ». En même temps, le risque d’une ontologisation de cette concrétude de l’expérience vécue est présent dans chacune de ces théories. Comment penser les besoins humains sans les transformer en quelques choses d’abstrait ? Dans cette présentation, je propose d’examiner ce problème avec Enzo Paci, Agnès Heller, et Theodor W. Adorno.
18h00 Lea Gekle (Université Paris 8) – Quelques éléments sur la dimension affective de la fascisation en cours
Résumé N/C
Dîner
Vendredi 29 mai
9h00 Julien Richard (Université d’Ottawa) – Le phronesis en résistance : pour une praxis infirmière contre l’anti-intellectualisme institutionnel
Cette communication propose une analyse critique de l’anti-intellectualisme dans le champ infirmier, envisagé comme une structure de pouvoir au service d’une hégémonie gestionnaire et néolibérale. Mobilisant des travaux en philosophie des sciences infirmières, elle expose comment l’institution impose une pensée binaire à travers des oppositions factices qui réduisent la complexité du soin à une somme de tâches mesurables et dépersonnalisées.
Face à cet agencement qui valorise l’obéissance au détriment de la réflexion, nous défendons la phronesis, sagesse pratique aristotélicienne, comme concept opérateur de résistance. Elle désigne une délibération éthique en situation, mobilisant expérience, raison et émotion pour dépasser le cadre analytique et protocolaire rigide. L’enjeu est d’appeler à une praxis infirmière qui maintient en tension constante pensée et action, afin de développer une conscience critique capable de contester les dogmes institutionnels pour une profession réflexive, critique et politiquement engagée.
10h00 Luca Scafoglio (University of Salerno) – Les frontières de la critique. Une proposition de recherche sur Adorno et la colonialité
À partir de la fin du siècle dernier, sur fond d’un triple échec — celui du socialisme réel, de la décolonisation et des promesses de la mondialisation néolibérale —, la théorie et la pratique de la « décolonialité » — une troisième vague de la critique du colonialisme, après les moments anticolonial et postcolonial — ont mis en évidence, d’une part, le fait que la conquête, le racisme et le génocide constituent des éléments structurellement et généalogiquement constitutifs de la modernité depuis le XVIe siècle, et, d’autre part, l’actualité persistante de la colonialité.
À la lumière de ces développements, il convient d’interroger les frontières géophilosophiques — « européennes » et « occidentales » — de la théorie critique de Francfort, d’autant plus dans le contexte actuel de crise, d’extermination et de guerre.
Pause café
11h30 Giorgi Kobakhidze (Université de Toulouse 2) – Que reste-t-il de la critique ? Le post-critique comme symptôme
La critique occupe depuis longtemps une place centrale dans les sciences humaines et sociales, constituant un outil privilégié pour analyser les rapports de pouvoir, dévoiler les idéologies et remettre en question les normes établies. Cependant, des interventions théoriques récentes, notamment les travaux de Bruno Latour et les perspectives diverses regroupées sous l’étiquette de la postcritique, ont mis en doute l’efficacité et les limites des approches critiques traditionnelles. Le tournant postcritique soutient qu’un accent mis sur la démystification, souvent caractérisé par une « herméneutique du soupçon », peut conduire à projeter une forme de naïveté sur autrui et à négliger les enchevêtrements complexes qui constituent le réel. En appelant à « prendre au sérieux ce que les gens racontent », plutôt que de nier ces récits pour atteindre une couche cachée du « réel », une telle approche empirique semble plus proche de l’expérience vécue. Mais cette conception de la critique rend-elle compte du projet originel porté par ce terme ? Autrement dit, la critique est-elle réellement « à court de carburant ? » (Latour).
Déjeuner
14h-16h : Habiter la ruine, subir la chair : Expériences limites du pouvoir et inventions de la résistance
Présentation des textes et modération: Paul Dablemont (Université de Reims Champagne-Ardenne)
Cette table ronde explore, à partir d’une perspective phénoménologique, l’expérience limite de la réduction à l’état de corps dans la torture (Améry) et la possibilité paradoxale de la résistance par le travail esthétique sur les débris de la guerre (Swedaan sur un texte de Nibras Chehayed). En questionnant ce que « faire monde » signifie lorsque les repères s’effondrent et que le corps devient le dernier territoire assiégé, nous interrogerons la dialectique entre destruction et création. Comment, au cœur même de la violence, des gestes de mémoire et d’invention peuvent-ils encore surgir pour affirmer la persistance de l’humain ? Les textes seront bien entendu envoyés en avance.
Clôture du colloque – Fin vers 17h00
Venir au colloque – Renseignements Pratiques
Le colloque aura lieu dans les salles A13 et A14 (bâtiment recherche). Le campus Croix-Rouge est accessible par les transports en commun (Tramway direct et rapide depuis les deux gares de Reims).

Pour vous déplacer dans Reims avec les transports en commun, toutes les informations et les itinéraires sont ici : GRAND REIMS mobilités
Pour tout renseignement ou pour réserver votre place, veuillez utiliser notre formulaire de Contact (https://grtc.univ-reims.fr/contact/)
Pour participer à distance si vous ne pouvez pas vous déplacer, vous pourrez visionner le colloque sur Zoom à l’adresse suivante :https://univ-reims-fr.zoom.us/j/93764537753 et pour participer à la table ronde du vendredi https://univ-reims-fr.zoom.us/j/94116562342



